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182 km sur Compostelle

Mai 2024, neuf mois après mon amputation.182 kilomètres sur le GR65, en marche nordique.Je ne savais pas encore pourquoi je devais le faire. Avant le départ…

Sur le chemin de Compostel

Mai 2024, neuf mois après mon amputation.
182 kilomètres sur le GR65, en marche nordique.
Je ne savais pas encore pourquoi je devais le faire.

Avant le départ

Le 1er août 2023, j’ai accepté l’amputation de ma jambe droite. Deux semaines plus tard, une infection au staphylocoque m’a replongée dans l’incertitude. J’avais perdu quatorze kilos, mes muscles, et une partie de mon identité.

Le 3 octobre, j’entre à la Tour de Gassies, centre de rééducation. Je découvre l’escalade avec et sans prothèse. Une heure de kiné, une heure de sport par jour, et encore dans ma chambre le soir.

Le 17 novembre, je sors. Le médecin m’avait dit : « Madame Bailleul, non. Jamais, vous ne serez pas prête. » Cette phrase, je n’ai pas pu l’accepter.

En mai 2024, je ressens que je dois parcourir le chemin de Saint-Jacques. Je ne sais pas pourquoi. Je sais que je dois le faire.

Chaque pas brûle, chaque pas libère

Retrouver de la mobilité et réapprendre à marcher après une amputation.

Les premiers kilomètres sont difficiles. La prothèse frotte. Le moignon est douloureux. Le corps doit s’adapter à un effort prolongé qu’il n’a plus connu depuis l’accident.

Mais chaque pas libère aussi. La colère, la frustration, la tristesse accumulées depuis le 3 juillet 2023. Et cette question qui me hante : est-ce que je serai un jour à nouveau moi-même ?

Aurore Bailleul en marche nordique sur le GR65 et le chemin de Compostelle : marcher après une amputation

Le moment décisif

Sur le chemin, il fait chaud. Très chaud. Je transpire dans mon pantalon long. Mais je n’ose pas.

Et puis un matin, je prends une décision. Pour la première fois depuis l’amputation, je porte un short. Je montre ma prothèse au grand jour.

Voilà pourquoi je devais faire ce chemin.

Aurore Bailleul

La bienveillance du monde

Les regards ne sont pas de pitié. Ils sont d’admiration, d’encouragement, de respect. Les autres pèlerins me voient marcher avec ma prothèse et mes bâtons. Ils comprennent ce que représente chaque kilomètre.

Sur un forum de pèlerins, je lis ceci :

Cette jeune femme amputée en août, appareillée en novembre et déjà sur les chemins de la résilience en mai.

Ce jour-là, j’ai compris quelque chose d’essentiel : l’acceptation vient souvent des autres avant de venir de soi.

Ce que j’en retiens

  • Neuf mois plus tôt, je ne savais pas si je remarcherais. J’ai fait 182 kilomètres.
  • On peut perdre une partie de son corps sans perdre son âme de sportive.
  • La résilience se parcourt un pas après l’autre.
  • L’acceptation prend du temps, et c’est normal.

Sur ce chemin, j’ai enfin admis que je ne serai plus jamais la femme que j’étais avant le 3 juillet 2023. Mais que je suis sur un autre chemin. Différent, pas moins beau.

Et après

En septembre 2024, l’ascension du Pic de Taillon à 3 144 mètres avec l’association Oz’moov. En 2024, l’intégration de l’équipe de France paralympique d’aviron, pour un an. En juin 2025, l’organisation du Défi Tandem Verdon.

Et en 2027, Tous Capables, de Bergerac à La Rhune.

Mais tout a commencé en mai 2024, quand j’ai osé porter un short.

Le premier cours collectif est offert. Salle Éos Épione, zone des Sardines à Bergerac.

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